Voyage aux confins de la Bretagne
Toutes les constructions du Mont résultent d’une somme de reconstitutions au fil des époques, (surtout au XIXe siècle), un labyrinthe dans lequel il est ardu de s’orienter dans l’espace et dans le temps
Au sommet du rocher en forme de pyramide est édifiée l’église abbatiale, elle prend appui sur une plate-forme constituée de quatre cryptes qui enveloppent complètement le point culminant du Mont
Sur les pentes du rocher, les autres bâtiments monastiques s’étagent autour de cette église en occupant de l’espace … sur le vide !
L’église abbatiale a subi bien des vicissitudes au fil des temps, des écroulements résultant d’incendies seront prétexte à des remaniements successifs et à chaque fois dans le style architectural de l’époque de reconstruction
Ainsi, un grand incendie en 1776 endommage la façade et une partie de la nef romane de l’église, trois travées qui menaçaient ruines sont abattues et une nouvelle façade de style classique fermera dorénavant une nef écourtée
L’église abbatiale possède une nef romane bâtie aux XIe et XIIe siècles de 80 m de long, un transept chevauchant la pointe du rocher qui repose sur des cryptes bâties aux quatre points cardinaux comme soubassements, premières constructions pré-romanes du monastère bâties aux IXe et Xe siècles
Petites chapelles donnant une impression de puissance immuable, mais transformées au fil des époques suivant les travaux de reconstructions ou de remaniements de l’abbaye, où des fenêtres étaient murées quand de nouvelles ouvertures voyaient le jour
Afin de soutenir le poids de l’église en construction au XIIe siècle, les anciennes maçonneries des cryptes durent être renforcées, les piliers de soutènement épaissis, par endroits les murs furent même doublés
La nef romane basse et trapue est divisée par sept travées identiques (mais suite à l’incendie de 1776 il n’en reste plus que quatre) séparées par des demi-colonnes engagées montant d’un seul jet du sol au sommet du mur
Chaque travée est divisée en trois niveaux séparées par des moulures horizontales
De bas en haut, s’étagent de grandes arcades à double rouleaux puis une tribune à claire-voie formée de deux arcatures divisées par une colonnette et enfin de vastes fenêtres hautes jetant ce jour-là dans le vaisseau une clarté froide
Cette architecture en accord avec la symbolique du nombre trois, en référence à la Sainte Trinité et à l’ordre établi de la société médiévale reste une constante dans les constructions de l’abbatiale
La clarté pénètre dans la nef par les fenêtres basses plus ouvertes situées derrière les grandes arcades, si le niveau intermédiaire ne délivre aucune lumière, les fenêtres hautes forment un étage clair, l’architecte a du ménager les ouvertures afin de ne pas affaiblir les murs supportant l’édifice
Si la nef est couverte d’une charpente lambrissée, les bas-côtés quant à eux sont voûtés d’arêtes à chaque travée que séparent les arcs doubleaux
Les deux bras du transept possèdent une nef carrée sur laquelle s’ouvre une absidiole voûtée en cul-de-four percée d’un oculus et de deux fenêtres encadrées d’arcs doubles en plein cintre retombant sur de fines colonnettes
La voûte en berceau du transept sud s’est affaissée sur elle-même et en descendant a empiété sur la partie supérieure de l’oculus
La nef romane de l’abbatiale est entourée des trois côtés par les bâtiments du monastère voûtés en pierre qui s’étagent sur trois niveaux
Si la construction des cryptes basses réemploie les pierres du rocher même, tous les bâtiments de l’abbaye sont constitués de pierres extraites des iles Chausey, le duc de Normandie ayant offert à l’abbaye cette partie de son domaine
La place faisant défaut sur le rocher, ces pierres furent taillées sur les îles même et amenées dans des barges jusqu’au pied du Mont au gré des marées
A l’étage intermédiaire la salle dite du Promenoir qui servait de réfectoire ou de salle capitulaire présente un voûtement sur croisée d’ogives qui se révèle en cette toute fin du XIe siècle comme une nouveauté, cette voûte figure parmi les plus anciennes connues
Cette croisée d’ogives est formé de grossières nervures aux claveaux très courts séparés par des joints épais, les retombées des nervures sur les murs sont encore tâtonnantes, une étape du style roman vers le style ogival qui fleurira au milieu du XIIe siècle
Ce « cachot du diable » ainsi dénommé à l’époque romantique, est contemporain du premier projet architectural de la Merveille…qui sera présente dans le prochain article
Merci pour ce magnifique reportage.
Photos superbes
Merci Miline, j’espère que vous aimerez aussi la suite …très bientôt …